Évaluation de la politique d’action sociale relative aux vacances des enfants des allocataires de la caf du Val-de-Marne

Cette étude de la ctrad analyse les attentes et besoins des familles allocataires concernant les vacances de leurs enfants, notamment au regard du dispositif d’aide mis en place par la caf du Val-de-Marne.
Date : 22 mai 2021
Auteur : Service Communication de la CAF du Val-de-Marne
Regards
Vacances-Regards-Blog

Le dispositif d’aide aux vacances enfants (ave), mis en place par la caf du Val-de-Marne, et ayant pour objectif de favoriser l’accès aux vacances pour les enfants des familles les plus fragiles connaît une baisse constante de son utilisation. Même si une communication est réalisée notamment avec l’envoi d’une notification chaque début d’année à l’ensemble des familles dont le quotient familial est inférieur à 570 euros pour soutenir le départ en vacances de leurs enfants, la baisse de son utilisation se poursuit :  seuls 3,9 % de l’ensemble des bénéficiaires du dispositif l’ont utilisé lors de la campagne 2018.

Afin d’évaluer et d’adapter la politique d’aide aux vacances enfants à la réalité des attentes des familles, la direction de l’action sociale de la caf du Val-de-Marne a sollicité une étude sur ce sujet auprès de la cellule technique de réflexion et d’aide à la décision (ctrad). Une double démarche de compréhension a guidé cette étude : d’une part l’analyse de la sous-utilisation progressive et persistante des aides aux vacances des enfants, et d’autre part, le recueil et l’étude des attentes et comportements des familles, concernant les vacances de leurs enfants.

Lors de la campagne 2018, près de 20 % des familles allocataires val-de-marnaises ont été éligibles à ce dispositif. Parmi celles-ci, plus de sept familles sur dix se situent sous le seuil de bas revenus, plus d’un tiers bénéficient d’au moins un minima social et près d’un quart dépend des prestations à 100 %. Au-delà de leur fragilité économique, le profil de ces familles se caractérise également par une surreprésentation des familles mono parentales et un niveau de diplôme des parents relativement faible.

L’étude met en exergue que les familles n’ayant pas utilisé l’aide proposée se distinguent par un profil plus précaire financièrement. En effet, plus le quotient familial baisse, plus la non-utilisation du dispositif apparaît significative. Le coût d’un départ en vacances, rapporté aux capacités économiques de la famille bénéficiaire de l’Ave, explique en partie cet effet : les revenus des familles bénéficiaires non-utilisatrices sont en effet, en moyenne 1,03 fois inférieur à ceux des familles utilisatrices de l’offre.

Au-delà de cette première observation, trois raisons de non-utilisation apparaissent : la complexité de l’utilisation de l’offre, un reste à charge trop important et enfin la décision parentale.

L’enquête réalisée auprès de 2 500 familles a ainsi permis d’identifier certains freins. En premier lieu, même si la recherche du séjour représente une démarche facile pour un peu plus de la moitié des familles utilisatrices, 45,9 % l’ont jugé difficile. Ce premier constat est renforcé par l’expression d’un souhait d’accompagnement dans la compréhension de l’offre ou dans son utilisation par les familles n’ayant pas utilisé l’offre, notamment au regard de la complexité de l’activation de l’ave, abordée comme une des raisons de non-utilisation de l’offre.

En second lieu, l’organisation financière représente également un frein quant à l’utilisation de l’aide que les familles soient utilisatrices ou non. En effet, pour plus de la moitié des familles utilisatrices, le coût financier des vacances prédétermine le choix du séjour, et pour 40 % des familles n’ayant pas utilisé l’Ave, le reste à charge reste trop élevé.

De plus, la question sur l’utilisation du dispositif lors de la prochaine campagne, révèle que la totalité des familles ayant le quotient familial le plus faible affirme vouloir activer cette aide ; cependant, une hésitation apparaît progressivement parmi les deux tranches supérieures du quotient familial. Notamment, l’aide est jugée insuffisante par les familles de la tranche « haute » du quotient familial (cf. figure ci-dessous). En effet, celles-ci peuvent cumuler un coût initial de séjour plus élevé, si l’organisateur applique un coût dégressif en fonction de la situation familiale, et une aide moindre de la caf.

Figure – L’aide financière apportée par l’aide aux vacances selon le quotient familial (en %)

Graph-ave-nl15

 

TR du quotient familial = 100,0 % / TR de l’aide financière = 92,4 %

Lecture : Parmi les familles qui se situent dans la première tranche du quotient familial, 44,4 % d’entre elles estiment que l’aide financière apportée par la caf est suffisante.

 

Enfin, l’utilisation de l’offre dépend également des représentations des familles concernant le temps libre de leurs enfants. L’analyse des réponses au questionnaire, diffusé aux bénéficiaires du dispositif, montre une représentation favorable des activités sportives et culturelles pour leur enfant de la part de la majorité des familles (utilisatrices et non-utilisatrices de l’offre). Toutefois, les familles utilisatrices estiment que ces activités réalisées dans le cadre scolaire ne sont pas suffisantes pour le développement éducatif de leur enfant. A contrario, les familles non-utilisatrices s’appuient plus sur l’école, considérant les activités, réalisées dans ce cadre, suffisantes.

Les représentations parentales jouent également un rôle quant à leur décision concernant l’utilisation de l’ave selon l’âge de leur enfant. Ainsi, les enfants de 9 à 14 ans partent plus facilement en vacances sans leurs parents parmi les utilisateurs de l’ave. Cette observation est renforcée par les réponses de plus des trois quarts des familles non-utilisatrices considérant que leur enfant, âgé de 4 à 8 ans, est trop jeune pour partir en vacances hors de son contexte familial. Dans une moindre mesure, le sexe de l’enfant participe aussi à la décision parentale, avec une légère surreprésentation des garçons parmi les utilisateurs de l’offre, toutefois cet écart diminue à l’adolescence.

Le projet d’un départ en vacances familiales représente une autre cause du non-départ en centre de vacances pour les enfants. En effet, certaines familles précisent que les vacances représentent le seul temps libre familial au moins une fois par an permettant de rendre visite à leur famille élargie. Ce choix laisse ainsi peu d’espace tant en termes organisationnel que financier à un autre départ en vacances pour leur(s) enfant(s).

Cependant, il est important de souligner que même si le taux d’utilisation du dispositif parmi les familles val-de-marnaises éligibles à l’ave apparaît faible, les familles ayant eu recours à l’offre, en sont largement satisfaites. La prise en charge de l’enfant en centre de vacances, correspondant aux attentes des familles en termes sécuritaire et calendaire ; la structure encadrante, l’éveil et la socialisation de l’enfant au cours de ces temps de vacances collectives sont les plus appréciés.

Par ailleurs, une analyse territoriale de l’utilisation de l’ave, révèle que les allocataires, résidant sur des territoires présentant des similitudes quant à la précarité, s’emparent différemment de l’offre. Ainsi, quatorze communes du Val-de-Marne présentent un taux de familles allocataires, bénéficiaires de l’ave, supérieur à la moyenne départementale (19,6 %). Ces communes sont principalement concentrées dans le centre du département, d’Ivry-sur-Seine au nord, à Villeneuve-Saint-Georges au sud ; leurs habitants ont les revenus médians les plus faibles du Val-de-Marne, au regard des publics ciblés par les aides d’action sociale de la caf. Sur ces quatorze communes, huit d’entre elles présentent des taux de familles utilisatrices supérieurs à la moyenne. Toutefois, six connaissent un taux d’utilisation nettement inférieur à la moyenne départementale (3,9 %).

 

En conclusion, l’intérêt exprimé par les parents pour des activités culturelles et sportives, pour un départ en vacances de leur enfant ainsi qu’une nette satisfaction de l’utilisateur de l’offre constituent les points positifs de l’étude. Cependant, certaines améliorations de l’offre, attendues par les familles, émergent, tels qu’un souhait d’accompagnement renforcé au regard de la complexité et des difficultés d’utilisation de l’offre, une révision du quotient familial plus lissé, apparaissant actuellement éloigné de l’évolution du coût de la vie, ou encore un ciblage et un accompagnement des communes dont le taux de bénéficiaires apparaît élevé concomitamment à une utilisation très faible. Ces perspectives représentent des pistes d’amélioration quant à l’utilisation de l’aide aux vacances enfants par les familles les plus vulnérables.

Cliquer-ci après pour télécharger cette étude : Aout-2020-DE-N°23VF

Screenshot-2020-10-12 Ctrad Cellule technique de réflexion et d'aide à la décisionLe dossier et les données s’y référant, ainsi que l’ensemble des publications de la ctrad, sont consultables sur le site : ctrad-caf-idf.fr.